Le Canard Sauvage

Saison15-16

Faut-il, sous prétexte de quête d'absolu et de vérité, tout dire, tout révéler, au risque de briser des vies fussent-elles bâties sur le mensonge ?

Dans le face-à-face entre Gregers l'idéaliste, qui veut rétablir la vérité dans le monde, dût-il le mettre à feu et à sang, et Hjalmar, qui a choisi le confort de la compromission et du « mensonge vital », on retrouve les contradictions chères à Ibsen. Mais elles s'enflamment ici avec une violence meurtrière, scandaleuse : c'est une adolescente qui les prend de plein fouet. Plus ambigu que jamais, Ibsen renvoie dos à dos les adversaires, et fait trembler le réalisme de sa pièce en lui inventant un arrière-plan étrange : une forêt reconstituée dans un grenier, avec une basse-cour en guise de faune... De Peer Gynt aux Revenants, de Brand à Rosmersholm, le metteur en scène Stéphane Braunschweig n'a cessé de monter ces drames faussement bourgeois où s'affrontent, sur fond de rongeante culpabilité, idéalisme hystérique et viles compromissions. Servie par une scénographie stylisée à l'extrême et de magnifiques comédiens, sa mise en scène porte à son incandescence la noirceur et l'ironie mordante présente dans l'œuvre du dramaturge norvégien.